Réécouter l'Opus festival de Ribeauvillé 2019




Ce samedi 21 septembre, Accent 4 était au cinéma Rex de Ribeauvillé pour le premier jour de la trente sixième édition du festival de Ribeauvillé.

Une émission présentée par Cyril Pallaud.

 

Le site du festival : https://www.festival-ribeauville.eu/

LUGANSKY AU SOMMET DE SON ART!

Nicolaï Luganksy


13 septembre 2019
Strasbourg
Palais de la Musique et des Congrès
Tchaïkovski, Lac des cygnes, Suite
Prokofiev, Concerto pour piano n°2
Moussorgski/Ravel, Tableaux d’une exposition
Nicolaï Luganksy (piano), Orchestre Philharmonique de Strasbourg, Marko Letonja
 


Vendredi 13, dans un Palais de la Musique et des Congrès effervescent, parcouru par l’excitation propre aux temps forts de la vie culturelle strasbourgeoise, l’OPS donnait son premier concert officiel de la saison commençante. Marko Letonja était à la direction, comme à son habitude depuis sept ans maintenant, accompagné par la présence exceptionnelle de Nicolaï Lugansky, l’un des plus grands pianistes de notre époque. Intitulé « Échappées Russes », le programme de la soirée allait nous faire entendre trois compositeurs bien connus du grand public : Tchaïkovski d’abord, avec des extraits du Lac des cygnes en version orchestrale, Prokofiev ensuite, avec son Concerto pour piano n°2, Moussorgski enfin, avec ses Tableaux d’une exposition orchestrés par Ravel. 

 
Placé ainsi en début de programme, le Lac des cygnes a la saveur doucereuse d’une petite mise en bouche : c’est agréable, c’est moelleux, ça se laisse manger, mais il y manque la richesse du plat principal. Non pas que l’orchestre y soit pour quelque chose, car il remplit son rôle avec conviction, nous offrant quelques petits moments de grâce au passage (on pense au solo de Pierre-Michel Vigneau à la harpe, rejoint au violon par Charlotte Juillard) mais tout de même, il y manque une profondeur, une magie. Le deuxième concerto pour piano de Prokofiev vient à point nommé nous combler : quelle œuvre magistrale ! Sombre et cruelle comme un rite païen, ironique et fascinante comme une danse des morts. Lugansky prend dès le début le parti d’une interprétation « tranquille », ayant soin de bien articuler chaque note et de ne pas céder à un romantisme débordant. On pourrait lui reprocher cette mise à distance émotionnelle ; mais on sent chez lui une telle conscience de la construction dramaturgique de l’œuvre, et de la manière de garder toujours intacte sa tension interne, qu’on ne peut qu’admirer sa hauteur de vue. Après la pause, l’orchestre entame les Tableaux d’une exposition avec gourmandise. Grâce au génie orchestrateur de Ravel, chaque tableau lui permet de montrer l’étendue de sa palette sonore. Marko Letonja dirige par cœur, sans accrocs, et emmène ses musiciens vers de très beaux moments qui nous laissent envisager une nouvelle saison de qualité ! 

 
Samuel Aznar

Réécouter l'Opus O.P.S. - CIC Est du 12 septembre 2019

Nikolaï Lugansky


Pour ce premier Opus de la rentrée, Samuel Aznar et Olivier Erouart ont reçu les invités suivants :

Marko Letonja, directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg,
Nikolai Lugansky, pianiste concertiste,
Jean-Pierre Moinaux, président des Concerts Classiques d’Epinal,
Vincent Monteil, directeur de l’Opéra Studio,
Nicolas Moutier, trombone solo de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg.

Festival de Salzbourg. Salomé.


UNE SURPRENANTE SALOME


28 août 2019
Festival de Salzbourg : Felsenreitschule
Richard Strauss : Salomé
John Daszak (Herodes), Anna-Maria Chiuri (Herodias), Asmik Grigorian (Salomé), Gabor Bretz (Jochanaan), Julian Prégardien (Narraboth), Romeo Castellucci (mise en scène, décors, costumes et lumières), Cindy Van Acker (chorégraphie), Wiener Philharmoniker, Franz Welser-Möst (direction musicale).



Salomé, dans la réalisation de Roméo Castellucci, était reprise cette année avec la même distribution qu’en 2018. Franz Welser-Möst reprenait la baguette pour conduire le Wiener Philharmoniker à un sommet d’incandescence. Asmik Grigorian, fragile femme-enfant, étonnait à nouveau par sa jeunesse apparente et sa voix séduisante au timbre charmeur et aux puissants aigus lumineux. Face à elle, Gabor Bretz, Jochannaan, impressionnait par sa puissance vocale, et John Daszak campait un Herodes cauteleux, obsédé par le désir. Julian Prégardien incarnait un Narraboth attachant et Anna-Maria Chiuri une redoutable Herodias. Un spectacle de Romeo Castellucci est difficilement descriptible et chaque spectateur le reçoit selon sa sensibilité… et sa culture. Il fourmille d’éléments paraissant anecdotiques et posant pourtant autant de questions sans réponse évidente. Ne citons que les temps les plus forts : l’absence de Danse des Sept Voiles qui ne se passe qu’à l’orchestre, Salomé étant figée sur un bloc de pierre et enfermée dans une autre pierre descendue des cintres. Puis ce monologue final où elle clame son amour et sa frustration au corps nu décapité de Jochanaan. Dans le jeu de scène habituel, elle se contente de la tête, mais ici la charge érotique et morbide en est décuplée.


Pierre Iung

Photo : Ruth Walz

Festival de Salzbourg. SOMPTUEUSE EXÉCUTION MUSICALE

Festival de Salzbourg. SOMPTUEUSE EXÉCUTION MUSICALE

27 août 2019
Festival de Salzbourg : Grosses Festspielhaus
Giuseppe Verdi : Simon Boccanegra
Luca Salsi (Simon Boccanegra), Marina Rebeka (Amelia Grimaldi), René Pape (Jacopo Fiesco), Charles Castronovo (Gabriele Adorno), André Heyboer (Paolo Albiani), Antonio Di Matteo (Pietro)
Andreas Kriegenburg (mise en scène), Harald B. Thor (décors), Tanja Hofmann (costumes), Andreas Grüter (lumières), Ernst Raffelsberger (chef des chœurs), Wiener Philharmoniker, Valery Gergiev (direction musicale).



La seconde version de Simon Boccanegra ne brille pas par sa simplicité. Rien d’étonnant puisque comme Le Trouvère, l’opéra est tiré d’une pièce très complexe du dramaturge espagnol Antonio-Garcia Gutierrez. Il appartient au metteur en scène d’éclairer l’action en la centralisant sur la personnalité du héros. La droite de l’immense scène est occupée par une sorte de grosse tour ; au milieu se dresse un petit jardin boisé, le reste de l’espace étant nu. La mer ferme l’horizon. Seul meuble, un insolite piano à queue sans autre fonction que de permettre à Boccanegra de se coucher dessus après son empoisonnement. Pour la grande scène du Conseil, les murs de la tour se sont ouverts et laissent apparaître une colonnade très mussolinienne. L’allusion se confirme lorsque le doge préside et domine le Conseil du haut d’une tribune sur la tour. Boccanegra aurait pu devenir dictateur si sa profonde humanité n’avait repris le dessus et lui faisait ainsi pardonner à ses ennemis. Dans le rôle-titre, Lucas Salsi allie une prestation vocale raffinée à une excellente présence scénique, tout comme le Fiesco de René Pape. Ligne de chant très épurée et excellente diction caractérisent la performance de Charles Castronovo, Adorno. La voix prenante de Marina Rebeka traduit à merveille le caractère troublé d’Amelia. Les superlatifs manquent pour décrire la direction musicale de Valery Gergiev à la tête du Wiener Philharmoniker et des chœurs de l’Opéra de Vienne.

Pierre Iung

Photo : Ruth Walz

Festival de Salzbourg 2019: ÉPOUSTOUFLANT

Festival de Salzbourg 2019.


ÉPOUSTOUFLANT

26 août 2019
Festival de Salzbourg : Haus für Mozart
Jacques Offenbach : Orphée aux Enfers
Anne Sofie von Otter (L’Opinion publique) Max Hopp (John Styx) Kathryn Lewek (Eurydice) Joel Prieto (Orphée) Marcel Beekman (Aristée/Pluton) Nadine Weissmann (Cupidon) Lea Desandre (Vénus) Martin Winkler (Jupiter) Frances Pappas (Junon) Rafal Pawnuk (Mars) Vasilisa Berzhanskaya (Diane) Peter Renz (Mercure)
Barrie Kosky (mise en scène) Rufus Didwiszus (décors) Victoria Behr (costumes) Otto Pichler (chorégraphie) David Davelius (chef des chœurs) Wiener Philharmoniker, Enrique Mazzola (direction musicale).



Pour fêter dignement le bicentenaire de la naissance de Jacques Offenbach, le Festival avait choisi de représenter Orphée aux Enfers dans une version mélangeant celle de la création de 1858 et celle de la reprise de 1874. Cette œuvre de pure fantaisie parodie avec talent la mythologie grecque au point que certains critiques de l’époque dénoncèrent un sacrilège ! La mise en scène de Barrie Kosky est époustouflante, émaillée d’épisodes dansés frénétiques ne laissant aucun temps mort. La trame du livret est respectée avec dialogues en allemand, airs et chœurs en français. L’ambiance festive est maintenue sous tension du début à la fin. Les costumes chatoyants des dieux les caricaturent avec goût et chaque tableau se termine sur une chorégraphie endiablée. Et la plus endiablée de toutes est celle de la scène finale, french-cancan oblige ! Un comédien, Max Hopp, commente les évènements tout en assumant le rôle de John Styx, alors que Anne Sofie von Otter imprime de sa forte personnalité le rôle de l’Opinion publique. Faute de ne pouvoir citer tous les chanteurs, très impliqués, on retiendra Kathryn Lewek, soprano colorature affirmée incarnant une truculente Eurydice. Jacques Offenbach n’a certainement jamais entendu sa partition orchestrale avec autant de perfection que par le Wiener Philharmoniker sous la baguette de Enrique Mazzola.


Pierre Iung


Photo : Monika Ritterhaus