LES MINEURS EXPLOITÉS


LES MINEURS EXPLOITÉS



26 juillet 2019
Munich
Bayerische Staatsoper (Nationaltheater)
Giaccomo Puccini : La Fanciulla del West
Anja Kampe (Minnie), John Lundgren (Jack Rance), Brandon Jovanovich (Dick Johnson), ? (revoir la formulation) Keith Warner (mise en scène), Mathias Fischer-Dieskau (décors), Sabine Greunig (costumes), Michael Bauer (lumières), Stellario Fagone (chef des chœurs), Bayerische Staatsorchester, James Gaffigan (direction musicale)
Après le court prélude orchestral, le rideau s’ouvre sur une sombre scène d’où émerge un groupe de mineurs, casques et lampes frontales allumés, qui s’avancent en titubant comme des fantômes. Harassés de fatigue, ces expatriés ne sortent pas d’une mine d’or, mais d’une mine de charbon où ils sont exploités. On devine au loin, dans la pénombre, des formes montagneuses que l’on retrouvera dans toutes les scènes suivantes. Un espace nu, seulement meublé d’un bar en planches, leur offre quelque repos. Ils s’y réconfortent en buvant du whisky et en jouant au poker leur maigre paye, espérant gagner assez de dollars pour retourner dans leur pays dont ils ont la nostalgie. La tenancière des lieux, Minnie, respectée de tous, soutient leur moral en leur lisant et commentant la Bible. Elle apprend également à lire à quelques-uns d’entre eux. Elle reconnait un étranger, Dick Johnson (alias le bandit Ramerez) qu’elle a déjà rencontré une fois. Ils dansent une valse… et Minnie tombe amoureuse. C’est dans sa maison, seul lieu bien éclairé au deuxième acte, qu’elle accueillera Dick Johnson, blessé, et qu’elle lui sauvera la vie en trichant au poker avec le shérif Jack Rance. Elle le sauvera une deuxième fois de la pendaison et partira avec lui vers une vie nouvelle loin de la violence du Far West. À part la maison de Minnie, les décors de Mathias Fischer-Dieskau (fils de Dietrich) sont volontairement lugubres et réduits à leur plus simple expression. Ce sont surtout les éclairages de Mickael Bauer qui sculptent l’espace avec efficacité. Le décorateur évite ainsi de tomber dans le style « western ». À un opéra « américain » convient un chef américain et James Caffigan se révèle l’homme de la situation. Lyrisme et tendresse sont au rendez-vous. Les trois rôles principaux sont tenus efficacement dans un excellent style puccinien par Anja Kampe, émouvante Minnie, Brandon Jonanovich en bandit repenti et John Lundgren, shérif brutal et cauteleux. La marque d’un grand théâtre est de savoir distribuer les quinze rôles secondaires exigés par l’œuvre à des artistes de talent. C’est ce que réussit l’Opéra de Munich.

Pierre Iung

Les photos sont de Wilfried Hösl