Entretien d'Accent 4 : Catherine Fender

Theresa Thomason, Chanteuse invitée sur le projet Ksang 03

Une belle rentrée attend l'ensemble Ksang, avec le projet Ksang 03. 
Catherine Fender, directrice artistique de Ksang, nous dévoile les détails de ce projet autour des musiques noires-américaines.

Un entretien réalisé par Christiane Weissenbacher.



Plus d'informations sur le projet Ksang  03 : https://www.ksang.fr/index.php/projet-ksang3

Voix et Route Romane 2019


https://www.voix-romane.com/

Avec Denis Lecoq, directeur du festival, nous vous proposons de découvrir le programme de l'édition 2019 du festival Voix et Route Romane.

Une entretien réalisé par Michelle Beck.



Le site du festival : https://www.voix-romane.com/

Académie musicale et festival de trombone d'Alsace 2019




Avec Laurent Weisbeck, directeur artistique de l'académie et du festival, nous vous proposons de découvrir la programmation de cette huitième édition.
Entretien réalisé par Olivier Erouart  .





Le site de l'académie : http://www.tromboneacademie.fr/

Bayreuth, Festspielhaus : RETOUR DE PÉLERINAGE


RETOUR DE PÉLERINAGE

Bayreuth
Festspielhaus
Richard Wagner : Parsifal
15 août 2019
Ryan McKinny (Amfortas), Wilhelm Schwinghammer (Titurel), Günther Groissböck (Gurnemanz), Andreas Schager (Parsifal), Derek Welton (Klingsor), Elena Pankratova (Kundry), Uwe Eric Laufenberg (mise en scène), Jessica Karge (costumes), Reinhard Traub (lumière), Orchestre du Festival de Bayreuth, Semyon Bychkov (direction musicale)


Qu’il est difficile de concevoir le parfait spectacle d’opéra ! Voici la réflexion qui me vient alors que j’achève la découverte d’une série de trois productions wagnériennes à Bayreuth. On a beau se trouver au Temple de la Wagnérie, si les sources de ravissement ne manquent pas, on aura irrémédiablement matière à redire.
Parsifal repose surtout sur les voix : on entend un merveilleux Gurnemanz incarné par Günther Groissböck tout en ligne et en déclamation, un Parsifal interprété avec fièvre et puissance par Andreas Schager, et une Kundry superbe en la personne d’Elena Pankratova, relayant l’ambiguïté du personnage de pécheresse repentante par des graves sépulcraux et des aigus incandescents. Les chœurs, dirigés comme toujours par Eberhard Friedrich, sont si miraculeux que la seule promesse de les entendre justifierait un pèlerinage à Bayreuth. Et puis il y a l’orchestre, dirigé excellemment par le coloriste Semyon Bychkov. Tous les indicateurs seraient au vert s’il n’y avait pas eu la mise en scène transposant l’action à l’époque contemporaine au cœur d’une zone de conflit, chez les chrétiens du Moyen-Orient. Ce parti-pris cohérent mais peu enthousiasmant, devient carrément problématique lorsque le 2e acte flirte avec l’islamophobie. Le festival scénique sacré de Wagner mérite mieux qu’une telle stigmatisation.


Tristan und Isolde
16 août 2019
Stefan Vinke (Tristan), Petra Lang (Isolde), Georg Zeppenfeld (Marke), Greer Grimsley (Kurwenal), Raimund Nolte (Melot), Christa Mayer (Brangäne), Katharina Wagner (mise en scène), Thomas Kaiser (costumes), Reinhard Traub (lumière), Orchestre du Festival de Bayreuth, Christian Thielemann (direction musicale)

 Toute aussi critiquable est la vision de Tristan par Katharina Wagner. Tout y est noir – logique puisque les deux héros appellent sans arrêt la nuit de leurs vœux. Mais ce n’est pas parce qu’on s’appelle Wagner qu’on peut briser ainsi la plus belle histoire d’amour qui soit à l’opéra : comment peut-on traiter cette passion avec autant de froideur ? Pire encore, comment peut-on commettre le sacrilège ultime qui consiste à changer la fin de l’œuvre, cette fin sublime qui proclame l’union des amants dans la mort, et que voilà foulée aux pieds lorsqu’Isolde, bien vivante, est traînée hors scène par Marke à l’issue de sa dernière note ? Heureusement qu’il y a l’orchestre dirigé par Christian Thielemann, livrant la version la plus intense et émouvante que je connaisse de cette œuvre. Entendue dans l’acoustique unique du Festspielhaus, cela donne l’une des expériences les plus inoubliables que peut vivre un amateur de musique. Sans compter que les voix amples et chaleureuses des rôles titre incarnés par Stefan Vinke et Petra Lang s’intègrent parfaitement à ce merveilleux bain musical dont on aimerait ne jamais avoir à sortir. Vraiment, cette production gagne à être écoutée les yeux fermés ; gageons qu’elle aura un beau succès au disque !


Tannhäuser
17 août 2019
Stephen Milling (Hermann, Landgraf von Thüringen), Stephen Gould (Tannhäuser), Markus Eiche (Wolfram von Eschenbach), Lise Davidsen (Elisabeth), Elena Zhidkova (Venus),  Tobias Kratzer (mise en scène), Rainer Sellmaier (costumes), Manuel Braun (vidéo), Reinhard Traub (lumière), Orchestre du Festival de Bayreuth, Valery Gergiev (direction musicale)

Rouvrons grands les yeux pour la dernière soirée, consacrée à Tannhäuser, dont la mise en scène par Tobias Kratzer est d’une admirable créativité, intégrant aux côtés d’une Vénus libertaire un drag-queen noir nommé Le Gâteau Chocolat et le nain Oskar, l’enfant qui refuse de grandir du Tambour de Günther Grass, et jouant avec humour avec l’idée de théâtre dans le théâtre. Ajoutons au crédit de cette production une distribution vocale quasiment idéale. Mention spéciale à Lise Davidsen, admirable Elisabeth alliant puissance et pureté lumineuse. À ses côtés, Stephen Gould campe un Tannhäuser solide et nuancé, et Markus Eiche un Wolfram élégant et poétique. Tous recevront une juste ovation du public, tandis qu’à Valery Gergiev revient l’honneur de s’attirer le tollé le plus nourri de la soirée. Il faut dire que le chef sert une version sage et sans intérêt de l’œuvre, ce qui est d’autant plus décevant qu’il est aux antipodes de celle proposée sur scène.
Vraiment, qu’il est difficile de concevoir le parfait spectacle d’opéra ! Espérons qu’un nouveau cycle du Ring proposé en 2020 saura davantage concilier la fosse et la scène.

Benjamin Lassauzet

LES MAÎTRES DE PETRENKO


LES MAÎTRES DE PETRENKO


 
27 juillet 2019
Munich
Bayerische Staatsoper (Nationaltheater)
Richard Wagner : Die Meistersinger von Nürnberg
Wolfgang Koch (Hans Sachs), Christof Fischesser (Veit Pogner), Martin Gantner (Sixtus Bekmesser), Michael Kupfer-Radecky (Fritz Kothner), Daniel Kirch (Walter von Stolzing), Allan Clayton (David), Sara Jakubiak (Eva), Okka von der Damerau (Magdalene), David Bösch (mise en scène), Patrick Bannwart (décors), Meentje Nielsen (costumes), Falko Herold (video), Michal Bauer (lumières), Sören Eckhoff (chef des chœurs), Bayerische Staatsorchester, Kirill Petrenko (direction musicale).

Mauvais présage : une demi-heure avant la représentation, devant le Nationaltheater, une douzaine de personnes cherchaient à vendre des places qui trouvaient difficilement preneurs. L’explication ne tarda pas : Jonas Kaufmann ne chantait pas Walter. Passée la légitime déception, on se dit que cela permettra de découvrir un ténor moins connu dans un rôle « en or », et qui donnera le meilleur de lui-même pour faire oublier la vedette-maison. Certes, le « remplaçant » Daniel Kirch n’a pas encore l’élégance vocale de celui-ci, mais son style de chant est juste et sa voix bien timbrée sans recherche d’effets inutiles. À ses côtés, Sara Jakubiak campe une Eva troublante parée de nombreux atouts tant sur le plan vocal que dramatique. Wolfgang Koch, superbe baryton, est un Hans Sachs émouvant, alors que Martin Gantner surjoue Bekmesser jusqu’à la caricature. En revanche, Christof Fischesser se révèle un formidable Pogner à la voix chaleureuse, loin du vieillard souvent représenté. Les décors de Patrick Bannwart évoquent une ville en pleine reconstruction à peine sortie d’une guerre dans une époque récente. La grisaille domine et le cordonnier Hans Sachs tient sa boutique dans un vieux tub Citroën. La mise en scène de David Bösch met en valeur mille détails aux effets comiques appuyés. Sachs, cordonnier sans illusion, force souvent sur la bouteille et Beckmesser donne sa sérénade sur un élévateur de chantier branlant. Tout s’éclaire au dernier acte pour la Fête de la Saint Jean. Les immeubles lépreux sont décorés de banderoles et les portraits des Maîtres Chanteurs sont projetés à l’arrivée de chacun. Pogner, le plus riche et le plus influent d’entre eux, sponsorise l’évènement. Le suicide de Beckmesser est absolument inutile. On ne saurait rendre compte de la représentation sans évoquer la direction de Kirill Petrenko à la tête d’un orchestre électrisé et de chœurs fabuleux. Il transcende la partition de Wagner à des sommets qu’on pensait jusqu’ici inaccessibles.

Pierre Iung

Les photos sont de Wilfried Hösl

LES MINEURS EXPLOITÉS


LES MINEURS EXPLOITÉS



26 juillet 2019
Munich
Bayerische Staatsoper (Nationaltheater)
Giaccomo Puccini : La Fanciulla del West
Anja Kampe (Minnie), John Lundgren (Jack Rance), Brandon Jovanovich (Dick Johnson), ? (revoir la formulation) Keith Warner (mise en scène), Mathias Fischer-Dieskau (décors), Sabine Greunig (costumes), Michael Bauer (lumières), Stellario Fagone (chef des chœurs), Bayerische Staatsorchester, James Gaffigan (direction musicale)
Après le court prélude orchestral, le rideau s’ouvre sur une sombre scène d’où émerge un groupe de mineurs, casques et lampes frontales allumés, qui s’avancent en titubant comme des fantômes. Harassés de fatigue, ces expatriés ne sortent pas d’une mine d’or, mais d’une mine de charbon où ils sont exploités. On devine au loin, dans la pénombre, des formes montagneuses que l’on retrouvera dans toutes les scènes suivantes. Un espace nu, seulement meublé d’un bar en planches, leur offre quelque repos. Ils s’y réconfortent en buvant du whisky et en jouant au poker leur maigre paye, espérant gagner assez de dollars pour retourner dans leur pays dont ils ont la nostalgie. La tenancière des lieux, Minnie, respectée de tous, soutient leur moral en leur lisant et commentant la Bible. Elle apprend également à lire à quelques-uns d’entre eux. Elle reconnait un étranger, Dick Johnson (alias le bandit Ramerez) qu’elle a déjà rencontré une fois. Ils dansent une valse… et Minnie tombe amoureuse. C’est dans sa maison, seul lieu bien éclairé au deuxième acte, qu’elle accueillera Dick Johnson, blessé, et qu’elle lui sauvera la vie en trichant au poker avec le shérif Jack Rance. Elle le sauvera une deuxième fois de la pendaison et partira avec lui vers une vie nouvelle loin de la violence du Far West. À part la maison de Minnie, les décors de Mathias Fischer-Dieskau (fils de Dietrich) sont volontairement lugubres et réduits à leur plus simple expression. Ce sont surtout les éclairages de Mickael Bauer qui sculptent l’espace avec efficacité. Le décorateur évite ainsi de tomber dans le style « western ». À un opéra « américain » convient un chef américain et James Caffigan se révèle l’homme de la situation. Lyrisme et tendresse sont au rendez-vous. Les trois rôles principaux sont tenus efficacement dans un excellent style puccinien par Anja Kampe, émouvante Minnie, Brandon Jonanovich en bandit repenti et John Lundgren, shérif brutal et cauteleux. La marque d’un grand théâtre est de savoir distribuer les quinze rôles secondaires exigés par l’œuvre à des artistes de talent. C’est ce que réussit l’Opéra de Munich.

Pierre Iung

Les photos sont de Wilfried Hösl