Chronique de concert:


Ré mineur, en Ré

Ni majeure, ni mineure, Ré compte parmi les places de la musique en France. Le festival « Musique en Ré » réunit chaque année en juillet les Rhétais natifs et d’adoption, ainsi que les mélomanes de passage. Cette année, pour la 27ème édition de « Musique en Ré », l’association éponyme  mettra une pléiade de noms connus ou en devenir à l’affiche de ses 14 concerts dont 5 gratuits en plein air. Des concerts explorant diverses communes du territoire îlien (Ars-en-ré, Le Bois-Plage-en-Ré, La Flotte, Loix, Sainte-Marie, Saint-Martin-de-Ré) et proposant une programmation éclectique, que l’on peut découvrir sur le site du festival http://vps22456.ovh.net .

L’année passée, « Musique en Ré », a ajouté une corde à son arc, en amorçant un festival de musique de chambre, « 3 jours en mai », que ses organisateurs définissent comme une manifestation accessible et accueillante. La seconde édition vient de se dérouler du 1er au 3 mai, et accueillait des musiciens de grand talent. Le concert du 1er mai auquel nous avons assisté à la salle Vauban de Saint-Martin de Ré, consacré à la musique française, marquait la rencontre du  pianiste Eric Le Sage, de l’altiste Marie Chilemme, de la violoniste  Sarah Nemtanu, et du violoncelliste Christophe Morin, ces deux derniers artistes constituant non seulement la direction artistique, mais aussi une bonne partie de l’âme de ce festival. Les mélomanes alsaciens assidus du Festival international de Colmar ont eu l’occasion de les entendre ces dernières années, et Sara Nemtanu sera d’ailleurs à nouveau à l’affiche le 8 juillet prochain, avec le pianiste Romain Descharmes, dans un programme Tchaïkovski, Prokofiev et Stravinski.
En ce 1er mai, le programme consacré à la musique française débutait paradoxalement par un compositeur belge, Eugène Ysaÿe (1858-1931), et son Poème élégiaque op. 12 pour violon et piano, composé en 1895 et dédié à Gabriel Fauré. Paradoxe en apparence seulement, tant cette œuvre se rattache parfaitement au courant de la musique française incarné aussi par ce compositeur que sa carrière internationale de violoniste a quelque peu éclipsé. Assez vite, Sarah Nemtanu parvient à restituer tout le lyrisme contenu dans cette pièce, aidée par un accompagnement à la fois rigoureux et détaché d’Eric Le Sage.
Ecrite en ré mineur dans la dernière partie de sa vie, la Sonate pour violoncelle et piano de Claude Debussy (1862-1918), fortement teintée d’humour et de sarcasme, met le violoncelle sur le devant de la scène. Christophe Morin ne se fait pas prier et s’y engage avec une ferveur passionnée, développant d’exquises sonorités dans le premier mouvement. Puis, dans la sérénade, transformant la sonorité de son instrument en celle d’une mandoline, par la magie des pizzicati, il s’appuie sur le piano serein et implacable d’Eric Le Sage, avant de plonger dans la virtuosité du Finale, où il révèle à la fois sa technique et son expressivité, mettant en lumière les couleurs debussystes.
Enfin réunis pour la troisième œuvre, les quatre musiciens vont démontrer leurs talents de chambristes dans le Premier Quatuor en ut mineur op.15, pour piano, violon, alto et violoncelle de Gabriel Fauré(1862-1918), une composition en quatre mouvements remontant aux années 1876-79. Puis dans un bis, proposer au public une ouverture intéressante vers l’univers brahmsien avec l’Andante du troisième Quatuor pour piano et cordes op. 60, dont l’achèvement est quasiment contemporain de celui de Fauré.
Succès pour les musiciens, devant un public quelque peu clairsemé, mais gageons que le festival fera le plein à la belle saison. Avis aux mélomanes passant par l’île de Ré du 20 au 30 juillet !

Hubert Metzger