Christian Thielemann dirige Schumann : passionnant mais…

La venue de l’Orchestre philharmonique de Vienne est toujours un événement attendu des mélomanes qui se pressent pour être au plus près de la prestigieuse formation qui était de passage à Baden-Baden, le 27 avril dernier. Salle comble pour un concert placé sous la baguette de Christian Thielemann qui avait choisi de ne diriger qu’un seul compositeur : Robert Schumann et quatre de ses œuvres dont trois (Ouverture, Scherzo et Finale opus 52, la Première symphonie opus 38 et la Quatrième symphonie opus 120) ont été composées ou ébauchées en 1841, l’année de ses premiers essais symphoniques.
L’art du chef, transmetteur d’une certaine tradition allemande de direction, trouve avec Schumann un de ses interprètes les plus captivants. L’Orchestre n’est pas en reste et, dès l’introduction de l’Ouverture, Scherzo et Finale, l’auditeur est happé par la splendeur des cordes guidées par le premier violon Rainer Küchl et par la finesse de la petite harmonie (Scherzo). Attentif aux détails et aux voix secondaires (altos et violoncelles dans le Larghetto de la Première symphonie), l’altier Christian Thielemann privilégie une ampleur et une souplesse de la phrase musicale où son sens du rubato nous vaut quelques moments où le compositeur paraît anticiper Bruckner (Scherzo de la Première, en particulier). Ce souffle et cette hautaine grandeur étaient l’apanage d’une Quatrième symphonie menée de bout en bout avec une urgence « lente », dramatique (pont entre les troisième et quatrième mouvements) trouvant sa résolution dans un Finale ferme, tendu et héroïque. Si le violon solo Rainer Küchl se fit poète dans la merveilleuse Romance que Thielemann n’enchaîna pas directement au Lebhaft initial, il fut moins convaincant dans la rare Fantaisie pour violon et orchestre en ut majeur opus 131 de 1853. Il est vrai que l’œuvre est des quatre proposées la moins inspirée et pour la défendre le soliste ne doit pas se contenter d’en éprouver la technique mais de la surpasser. Or, Rainer Küchl connut quelques accidents de parcours et des écarts de justesse incompréhensibles.  
Pour autant, ne gâchons pas notre plaisir et affirmons que ce concert fut un des temps forts de la saison même si la vision Schumann de Thielemann peut légitimement poser des questions. Celles-ci sont d’ordre musicologiques et avouons que des chefs comme Rattle, Gardiner, Paavo Järvi ou Ken-David Masur (à Colmar, le 13 juillet) ont su nous proposer un Schumann plus énergique, plus juvénile, plus équilibrée en étant moins tributaires de la tradition.

Olivier Erouart
Baden-Baden, le 27 avril 2012