Adam STARKIE, clarinettiste

Lors de chaque Opus Café, un étudiant en master professionnel d’interprétation est invité par Accent 4 à présenter une chronique sur un sujet de son choix. Après la version orale, voici la version écrite !

Adam STARKIE, clarinettiste, est d’origine anglaise. Il est titulaire d’une licence ès lettres de la faculté de Leeds et des diplômes de perfectionnement en musique de chambre et spécialisation en clarinette (répertoire contemporain ; professeur : Armand Angster) du Conservatoire de Strasbourg. Il est actuellement étudiant en master professionnel d’interprétation.

Le master professionnel d’interprétation est un enseignement partagé entre l’Université de Strasbourg et le Conservatoire. Pour ce diplôme je suis en train de préparer un mémoire dont le sujet est « La musique gestuelle ». Pour mon récital de master, je jouerai : In Freundschaft de Stockhausen, Les sept crimes de l’amour d’Aperghis et Amoroso de Gérard Condé.
Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de la pièce In Freundschaft de Stockhausen, créée en 1977. Cette pièce a été composée de telle sorte qu’elle puisse être jouée par n’importe quel instrument d’une tessiture de trois octaves : il existe des versions pour flûte, hautbois, clarinette basse, sax, trombone... entre autres, mais la version originale a été écrite pour clarinette, car Stockhausen l’a offerte à la clarinettiste Suzanne Stephens comme cadeau d’anniversaire.
Stockhausen a donné des instructions à l’interprète en ce qui concerne les mouvements effectués par son corps. Au début de la pièce, le musicien bouge la clarinette d’un côté à l’autre pendant qu’il joue un trille. Dans un second temps, il souhaite que chaque voix musicale soit illustrée par l’interprète. Il doit dessiner dans l’air trois idées différentes : une mélodie aiguë que l’interprète joue en haut à gauche ; puis une mélodie grave en bas à droite ; et finalement, un trille qui est toujours joué brusquement au centre.
En plus de cette idée générale, il a ajouté d’autres détails. Comme par exemple, dessiner un cercle en l’air ou bien respirer à travers l’instrument pour faire du bruit, etc.
Qu’a voulu exprimer Stockhausen au travers des mouvements qu’il a décrits dans cette pièce ? Il a expliqué son idée dans un texte qu’il a écrit lui-même intitulé The Art to Listen traduit par L’art d’écouter ou L’art de l’écoute. Dans ce texte, il nous explique qu’il a ajouté des mouvements afin d’élucider la structure musicale pour guider le spectateur vers une meilleure compréhension de la pièce. Dans cet article, le compositeur nous explique en détail toute la structure de la pièce. En effet, celle-ci est très claire bien qu’elle soit complexe. Grosso modo, Stockhausen nous la présente avec une formule, c'est-à-dire un thème si vous voulez, qui est joué tout au début de la pièce. Cette formule est ensuite transformée et explorée par le compositeur dans six tableaux différents sous forme de variations, non reconnaissables car le compositeur s’amuse à les modifier, à les mettre dans un ordre différent, à changer de registre.
Les spectateurs sont alors amenés à se poser une question primordiale. Jusqu’à présent, ils comprenaient la musique en l’écoutant, mais avec In Freundschaft, seraient-ils obligés d’assister physiquement à une représentation, c'est-à-dire de voir les mouvements de l’interprète, pour être sûrs de comprendre la pièce ? Faut-il comprendre la technique de composition pour apprécier la musique ?
La première réaction, je crois, est qu’il n’est pas nécessaire de la comprendre pour l’apprécier. Apprécier quelque chose est au fond complètement personnel – détaché de la raison et lié simplement aux émotions et aux sens – et une réaction émotionnelle peut être complètement différente d’une personne à l’autre. Il n’est donc pas raisonnable de dire qui a raison et qui a tort dans de tels termes. Cependant, a posteriori, peut-être pourrions-nous justifier l’idée que l’on peut apprécier quelque chose plus intensément si l’on a une connaissance plus large du sujet ; c’est-à-dire qu’une compréhension plus profonde peut nous faciliter l’appréciation de la pièce, mais ce n’est pas impératif.