l'édito des mois de Juin et Juillet 2010


Eloge de la lenteur.

Dans ce dernier bulletin avant la rentrée, évoquer le souvenir du temps suspendu, infini, des vacances scolaires d’autrefois, quand nous étions enfants, temps définitivement perdu à l’âge adulte. Ensuite, se référer au mot de notre président, du mois de mai, à propos d’un temps plutôt chamboulé. Et revenir à Montaigne bien sûr, qui, dans les Essais, à la recherche d’une ligne de conduite, affirme : “Je passe le temps quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon, je ne le veux pas passer, je le retâte, je m’y tiens”.

Mais voilà, nous sommes très loin du XVIe siècle rythmé par le pas des chevaux. Après le siècle de la vitesse, nous vivons celui de l’accélération, dans le monde politique, énonomique comme dans notre sphère personnelle. Tout est urgent ; les problèmes devraient être résolus avant d’avoir été posés clairement. Nous réagissons vite, sans réfléchir, sans prendre le temps de penser notre action. Nous nous agitons au lieu d’agir dans le calme. Il est vrai que sur nos montres, le temps est décompté à la seconde, que dans les médias une nouvelle chasse l’autre, que dans les magasins les décorations de Noêl apparaissent à la Toussaint et les cartables en juillet.

Et ce sont les cendres d’un petit volcan islandais au nom imprononçable qui nous amènent à une réflexion sur nos rythmes de vie. Jamais le vers de Lamartine “O temps, suspends ton vol” n’a été plus approprié, ainsi que l’ouvrage de Pierre Sansot, publié en 2005 et traduit en plus de vingt langues, intitulé Du bon usage de la lenteur. Le fast food, le speed dating, le haut débit sur internet, cette habitude de faire plusieurs choses à la fois, toutes ces nouveautés nous situent dans une société de l’accélération, où personne n’a plus le temps de prendre son temps et encore moins de le “retâter”.

La tortue et l’escargot ont toujours eu mauvaise presse, plus encore par les temps qui courent. Observer les cailloux au bord du chemin, comme le préconisait le philosophe Alain, ne viendrait à l’idée d’aucun voyageur, parce que les voyages ne se font plus guère à pied, mais à la vitesse d’une voiture sur l’autoroute ou d’un avion lancé en plein ciel. Il fallait autrefois trois semaines pour traverser l’Atlantique ; aujourd’hui quelques heures suffisent. Comment retâter le temps dans ces conditions d’accélération permanente ? Selon le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa, même le politique y est soumis, avec des gouvernants réactifs plutôt qu’actifs, sous la pression de l’urgence et sans aucune mise en perspective de leur action.

Y a-t-il réellement une possibilité de décélération pour nous, hommes et citoyens, de plus en plus contrôlés et fichés, au nom de la modernisation et de la communication ? N’allons pas prôner la décroissance, mais la lenteur certes, pour y gagner en temps et en qualité de vie. A l’aube de ce nouvel été, ne serait-il pas judicieux de le penser en andante ou, pourquoi pas, au rythme d’un slow ?

c.h.