L'édito de MAI 2010


Des murs et des ponts



Ah ! le joli mois de mai. Cette fois-ci, le printemps est bien installé et déjà nous songeons aux vacances d’été, loin, si possible, du terne quotidien du travail et de la routine. Stockholm ou les Seychelles ? Londres ou les îles grecques ?

Nous allons jouer à saute-frontières, avec un joli passeport tout neuf pour les Etats-Unis ou une simple carte d’identité pour un grand nombre de pays, tous ceux de l’espace Schengen d’abord.

Naturellement les frontières existent toujours. Une frontière est une ligne qui sert à délimiter le territoire d’un Etat. Elle a une fonction administrative, sépare et distingue des peuples qui pratiquent une langue différente, un autre mode de vie et ont une autre histoire.

Mais depuis le 11 septembre 2001, les frontières se sont durcies, entre les Etats-Unis et le Mexique par exemple, et certaines d’entre elles sont plus réelles que d’autres. Si le mur de Berlin est tombé, d’autres murs ont été érigés pour cloisonner, refouler. Si nous, Français, Européens, traversons allégrement les frontières, dans un sens comme dans l’autre, si nos migrations sont estivales avec un retour au foyer aisé et garanti, tel n’est pas le sort des migrants d’un autre type.

Au Sud et à l’Est de l’Europe, les frontières sont étanches pour qui n’a pas les papiers nécessaires. 13 000 personnes au moins sont mortes de ce fait, par balles ou par noyade en Méditerranée ou dans l’Atlantique depuis 20 ans, sans oublier celles qui survivent dans des centres de rétention ou des camps.

N’oublions pas qu’il y a 60 ans à peine, la plupart des Etats européens étaient des pays d’émigration ( vers les Etats-Unis, le Canada, l’Australie ou l’Argentine ) et que, parallèlement, entre 1945 et 1973, les pays du Nord ont largement fait appel à une main d’œuvre immigrée, afin de répondre aux besoins du marché du travail.

Maintenant que la demande de migrants s’est infléchie, nous pratiquons à leur égard une politique répressive et sécuritaire. Ceux qui fuient les guerres, les conflits ethniques et religieux, les violations des Droits de l’Homme, ont les plus grandes difficultés à s’installer ailleurs. Les demandeurs d’asile sont obligés de travailler illégalement pour survivre et soumis aux accords de reconduite dans leur pays. Dans le même temps, un million et demi d’«expats» français vivent à l’étranger et nous souhaitons naturellement qu’ils y soient bien accueillis !

Si nous essayons de considérer que les migrants sont porteurs à la fois des valeurs structurant leur société d’origine ainsi que de celles de leur société d’accueil, il faut accepter l’idée qu’ils peuvent devenir de véritables ponts entre ces deux milieux et les respecter pour cela.

Ne faudrait-il pas construire des ponts et des passerelles plutôt que des murs ? Considérer l’autre comme un être humain à part entière au lieu de l’exclure ? Nulle solution-miracle bien sûr au problème de l’immigration, mais abolir les frontières dans nos esprits nous rendrait plus humains, plus dignes, comme la musique ou les arts qui eux, le plus souvent, sont universels.


c. h.